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Be Kind, Rewind #5 – Requiem For A Dream

Bonjour le monde. On se retrouve avec un petit jour de retard pour une nouvelle Be Kind, Rewind #5. Une cinquième édition plutôt spéciale. En effet, cette semaine un seul film a été choisi pour entrer dans le cercle privé des BKR. Car le cinéma est un art et l’art élargit le spectre de notre pensée. Réflexion, méditation, distraction. Aujourd’hui, on zoome sur un chef-d’œuvre de Darren Aronofsky qui a marqué les mémoires.

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Requiem for a Dream est un film américain qui ne laisse personne indifférent, réalisé par Darren Aronofsky, il est l’adaptation du roman éponyme d’Hubert Selby, sorti en 2001. Pour les curieux le mot « Requiem » signifie « repos », le requiem est un chant chrétien qui sert à dire au revoir aux défunts. Certes personne ne meurt physiquement dans ce film, mais spirituellement ils n’ont plus d’âme, et leurs rêves meurent par la même occasion. Nous éviterons de spoiler la fin, qui se trouve intense au niveau émotionnel.

Aronofsky, aujourd’hui scénariste, réalisateur et producteur, réalise ici une œuvre que l’on pourrait qualifier de puissante, tant sur le plan visuel que sur celui des idées. Depuis des années, dans tous ses films, le réalisateur met en scène des personnages en quête d’un idéal et cette quête est le fondement des péripéties des films en question. Dans Requiem for a Dream, les personnages (Harry, Tyrone, Marianne et Sara) à priori banales sont à la recherche du bonheur. Mais la drogue constitue leur réalité et l’espoir devient ainsi leur rêve. Tout au long du film, les personnages vont  voir que leur version du bonheur est  aliénée par une société critiquée Darren Aronofsky à travers son film. A savoir qu’ils n’en sortiront pas tout à fait indemne, ou plutôt plus tout à fait eux-même.. MYSTÈRE !

(Sans vouloir spoiler, il est sûr que la fin ne peut être une « happy-end »)

Les personnages seraient prêts à n’importe quoi pour avoir leur dose, car la drogue fait désormais partie d’eux, la drogue leur permet d’exister pleinement, elle est aussi un moyen de s’échapper de la triste réalité.

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Requiem for a Dream est une œuvre qui s’avère en effet poignante, choquante et à la fois brute. C’est un film relativement violent mentalement de par les sujets traités (la drogue, les médias, la dépendance) et la magnifique réalisation qui nous plonge dans un univers de plus en plus sombre. L’idée est simple : le spectateur suit la longue descente aux enfers de personnages qui ont reliés leur destin à la drogue. La B.O est incroyable, on peut dire que Darren Aronofsky a fait du bon boulot  en explorant un sujet aussi complexe, aussi tabou, c’est un film qui donne matière à réfléchir, et qui mérite d’être vu et revu !

Chaque personnage a son addiction :

Sara Goldfarb (Ellen Burstyn), veuve depuis quelques années, juive et renfermée dans l’espoir d’apparaître un jour à l’écran, dans son émission favorite, est la mère d’Harry. Obsédée par l’idée de maigrir elle s’impose un régime alimentaire très strict de médicaments afin de pouvoir porter la robe rouge qui l’accompagnera sur le plateau télé. Le régime fonctionne, mais les médicaments prescrits par son médecin lui font perdre tout lien avec la réalité.  Elle devient folle et déboussolée.

Harold Goldfarb (Jared Leto), jeune diplômé, se drogue en compagnie de son ami Tyrone et de sa petite-amie Marianne. Au départ, pour lui la prise de drogue est plutôt ludique, insouciante, dite pour le fun,  mais cela ne dure qu’un certain temps et le plonge ainsi dans une forte dépendance qui l’amènera à avoir des problèmes de santé mais aussi de se placer dans des situations improbables et désagréables.

Marianne Silver (Jennifer Connelly) est la petite-amie d’Harry, au tempérament artistique elle veut devenir styliste et ne peut s’empêcher de fantasmer sur un avenir meilleur. Malgré son amour pour Harry, elle s’abîme peu à peu dans la drogue et finit par se prostituer pour s’en procurer. Son destin en devient tragique et interminable.

Tyrone C. Love (Marlon Wayans) est le meilleur ami d’Harry Goldfarb. Les deux amis se droguent ensemble, ils prennent du bon temps et ne réfléchissent pas vraiment aux conséquences. Tyrone présente de la tendresse, via ses souvenirs où il était protégé par sa mère. Avec Harry il va commencer à monter un réseau de drogue qui tourne bien au départ mais qui va les entraîner dans des péripéties, problèmes d’argent… dont ils se seraient bien passés. Il est le personnage qui aura sans doute la meilleure fin.

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L’environnement de Requiem for a Dream est un monde moderne où les personnages évoluent dans un monde complètement vide de spiritualité. Requiem for a Dream relate une société de désillusion, dans laquelle le bonheur n’est qu’éphémère. La drogue entraîne un état de souffrance des personnages car il crée chez eux un désir de plus en plus ardent pour en arriver à créer un besoin qu’ils assouviront au prix de dégradations physiques ou morales de plus en plus importantes. Des flash assez bref de la drogue sont présent dans le film, des pupilles qui grossissent, un briquet, de la vapeur, des cellules qui s’affolent, une bouche, de la poudre, de l’argent… Certaine images sont mit en accélérées, ce qui symbolise la rapidité du temps que met la drogue à se mobiliser dans les corps. Aronofsky s’intéresse plutôt aux effets qu’elle a sur nos protagonistes. Sara croit voir son frigo bouger , elle veut maigrir. Elle a des sueurs, elle dort peu, addict de sa télévision. Elle lutte contre elle-même mais finira par être déboussolée et méconnaissable à la fin du film. Harry, Tyrone, et Marianne quant à eux, ont aussi les mêmes symptômes, maux de tête, nausées, sueurs, sauts d’humeur… Ils ne sont plus que des corps avec des automatismes qui répondent à un seul et unique besoin, sans aucun doute, l’appel de la drogue.

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Médias, drogue et sexe sont des thèmes au cœur de notre jeunesse contemporaine. Mais Requiem for a Dream est une réflexion sur l’addiction, sur l’aliénation et la propriété de soi. Visuellement et esthétiquement, Aronofsky matérialise l’urgence du besoin, l’obsession et la consommation. Le rythme de montage des plans, et la musique entêtante, révèlent la déchéance des personnages : lente au départ, puis effrénée sur la fin. Les prises de vue sont magistrales avec une mise en scène impeccable et un jeu incomparable.

Sur le plan symbolique, les dernières minutes sont également très chargées d’un point de vue émotionnel. Filmées en plongée, chacun des personnages se couche en position fœtal dans un lit ou sur un canapé, lieux habituellement propices au rêve. Cette position renvoie nécessairement au point ultime de leur régression (de leur déchéance aux enfers), soit celui de la sécurité dans le ventre de la mère. On comprend donc que Requiem for a Dream n’est pas un film portant seulement sur la drogue, mais un film sur l’addiction, la vie et la modernité. La condamnation de la société est sans appel : l’individu est seul, sans repère, incapable de discerner le vrai du faux. Notre monde, selon Aronofsky, est dionysiaque et aliénant. Requiem for a Dream est donc un film dur, qui nous plonge dans une réalité dans laquelle les personnages sont soumis à une dépendance à la drogue qui détermine leur actes, jusqu’à aller à l’encontre de leur bonheur, les priver de leur liberté.

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