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Be Kind, Rewind #6 – Orange Mécanique

Remettons au goût du jour les films d’hier… Cette semaine place à un véritable chef d’œuvre du grand réalisateur Stanley Kubrick spécialement analysé pour cette nouvelle Be Kind Rewind sixième édition !

Péplum, science-fiction, drame, film de guerre, d’horreur ou d’époque en soixante-dix ans et treize longs métrages, Stanley Kubrick a goûté à quasiment tous les genres cinématographiques.  Cette semaine celui qui a retenu notre attention est Orange Mécanique (autrement dit : Clockwork Orange). Un film réalisé par Stanley Kubrick en 1971, adaptation d’un roman d’Anthony Burgess, il reste l’un de ses films les plus connus, mais l’un des plus controversés aussi. Certes un film qui a visuellement un peu vieilli, mais qui reste indéniablement un film extrêmement fort grâce, à son climat malsain et terrifiant. Une claque pour le spectateur.

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Globalement c’est un film un peu futuriste, très violent, très psychologique, avec un côté drôle et parfois dramatique. L’opposition de la violence débridée de l’individu face à celle systématique de la société est clairement mise en scène. Kubrick n’épargne en rien la cruauté de son protagoniste Alex, accompagné de ses droogs. Brutalité, viols, meurtres… le dérèglement individuel est sans limite et donc quelque peu choquant.

Synopsis :

En Angleterre, dans un futur proche, Alex DeLarge, joué par Malcolm McDowell, est un jeune anglais passionné par la musique classique et tout particulièrement par Beethoven, obsédé par le sexe il est à la recherche d’ultra-violence qu’il commet la nuit avec sa bande les crimes les plus gratuits en s’acharnant autant sur les pauvres que sur les bourgeois. Arrivé à un certains moment, trahi par ses complices de toujours, Alex est arrêté et envoyé en prison où il subit un traitement expérimental, le programme Ludovico, destiné à supprimer ses mauvais penchants. Rendu aussi doux qu’un agneau, Alex a radicalement changé, il est remis en liberté, livré à la brutalité de la société, et c’est ainsi que ses victimes du passé le reconnaissant et se vengent…

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On peut dire que l’orange est amère. En effet, Kubrick est sans pitié pour nous, spectateur qu’il laisse délibérément K.O. Il nous matraque dès la première image et le passage à tabac se développe pendant plus de deux heures vingt. La première partie du film jusqu’à ce qu’il tombe entre les mains de la justice, est une litanie baroque de crimes pervers. La violence ne semble obéir à aucune logique, ne rentrer dans aucun projet social. Sans but, sans cohérence.

Dans la première partie malsaine et glauque, la réalisation de Kubrick est agressive avec des couleurs pétantes, des rythmes frénétiques, de nombreuses contre-plongées, des images pornographiques choquantes et violentes. La caméra devient alors souvent virtuose et suit la musique avec des mouvements circulaires. La dernière partie n’a plus les couleurs vives de la première pour montrer la transformation de la ville sans violence et la métamorphose psychologique d’Alex. Par ailleurs, Orange mécanique est traversé par de nombreuses questions qui vont de la philosophie à la psychiatrie et ont su en inspirer certains.

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Comme à son habitude, le cinéaste opte pour un ton grinçant, pour une férocité lucidement ironique dans laquelle il excelle. Il est difficile de faire un film plus violent, d’une sexualité plus poussée, d’une brutalité, d’une grossièreté plus achevées. De plus, un étalage de sang souvent insoutenable. Kubrick a travaillé sa photographie, (ce qui est normal pour un ancien photographe) qui est une nouvelle fois très léchée avec une dominante de couleur blanche, entre autre signe de virginité dans un monde de violence et d’abus sexuel. Il détaille aussi avec une incroyable minutie chaque phase de chaque séquence et multiplie les travellings tout en jouant avec la profondeur de champ et les focales.

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Dans Orange mécanique, les parents craignent leurs enfants et les gangs s’attaquent impunément aux personnes âgées ou aux adultes, toujours plus faibles. Ils sont arrogants, sûrs d’eux et extrêmement violents, mais cette maturité n’est qu’apparente. Alex en particulier l’utilise à sa guise, faisant les yeux doux quand il en a besoin, manipulant ses interlocuteurs à l’envie, mais aussi nous spectateur puisque le film reprend le principe du narrateur. Ici Alex narre à la première personne l’action du film dans un langage nadsat, un argot adolescent. Il y raconte son histoire, décrit son point de vue si bien que nous comprenons qu’il joue un rôle mais qu’en son fort intérieur il ne change pas. Stanley Kubrick montre donc un univers sombre, une sorte de dystopie où la jeunesse a pris le dessus et impose une violence extrême et permanente.

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Au final, un récit du film ne peut rendre l’extraordinaire brio de Stanley Kubrick qui surprend l’œil et l’oreille à chaque image et reste fidèle de bout en bout à un rythme qui nous coupe le souffle. Avec des alternances musicales entre mouvements lents et mouvements rapides. On peut dire qu’Orange mécanique est un cauchemar excessif et magistral, un réel chef d’œuvre tout à la fois, qui choque et emballe. C’est une réussite complète, aussi bien dans les décors audacieux que dans la couleur et la musique soigneusement choisie. Une œuvre éclatante d’intelligence qui continuera de marquer les esprits, intemporelle. Une œuvre puissante, redoutable et efficace. Voici le style singulier de Kubrick.

« Oh oui, j’étais guéri pour de bon »
Alex

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