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Be Kind, Rewind #10 – White Bird

White Bird in a Blizzard

Be Kind, Rewind #10 White Bird – Gregg Araki

Focus sur la nouvelle perle de Gregg Araki de son titre original, White Bird in a Blizzard, sortie ce dernier mercredi dans vos salles de cinéma. Souvent habitué aux récits hallucinants, parfois même insensés, le cinéaste refait surface deux ans après Kaboom et touche sa cible en plein coeur avec White Bird. Cette adaptation du roman éponyme de Laura Kasischke est un thriller psychologique rêveur qui invite le spectateur à s’interroger sur de nombreux thèmes. Gregg Araki a beau avoir la cinquantaine, il n’en reste pas moins un jeune adolescent dans sa tête. La preuve, ce film est porté par une énergie juvénile qui fait toujours plaisir à voir dont Araki a su manipuler à son avantage.

Synopsis :

Une zone pavillonnaire des Etats-Unis à la fin des années 1980. Eve Connor (Eva Green) disparaît laissant derrière elle Kat (Shailene Woodley) et Brock (Christopher Meloni), son mari. Alors que la police se révèle impuissante, Kat âgée de 17 ans, semble être indifférente à la situation. Elle ne pense qu’à l’éveil de sa sexualité. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont prendre une tournure étrange, l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère. Contrainte à la cohabitation avec un père faiblard et effacé, Kat tente de reconstituer le puzzle de sa vie passée et apprend à grandir dans un contexte peu propice à l’émancipation et à l’évasion de la pensée…

White Bird in a Blizzard

Le sulfureux Gregg Araki a mis un peu d’eau dans sa vodka et a remisé au placard les outrances punk de ses films antérieurs. En effet, en réalisant White Bird, Araki s’intéresse à un registre différent de ses autres films sans jamais perdre ce qui fait son authenticité : son indépendance idéologique et visuelle, son franc-parler et son univers poétique. Le réalisateur nous invite donc à voir à travers les murs dans une certaine ambiance mélancolique. Par ailleurs, dans son nouveau film, le cinéaste règle ses comptes avec l’Amérique puritaine avec comme exemple une famille sévèrement dysfonctionnelle avec, au premier plan, une mère (Eva Green) et une fille (Shailene Woodley) qui se crêpent le chignon nous entraînant dans un vertigineux flashback tout en s’intéressant à l’essentiel (avant un final ultra surprenant dont il ne faut rien dire) aux relations ambiguës entre sa jeune héroïne paumée et sa mère : Eve une beauté qui vit très mal entre son terne époux et une adolescente volcanique. Deux comédiennes principales qui s’en sont données à cœur joie !

White Bird in a Blizzard

Le personnage d’Eve Connors est magnifiquement, et fabuleusement incarné par Eva Green qui crève l’écran et touche le spectateur en plein coeur. Le cinéaste la décrit comme une femme ayant été élevée dans les standards de beauté, c’est à dire à l’époque d’Elizabeth Taylor ou Grace Kelly. Elle s’est attachée toute sa vie à une vision très claire de son avenir : sa beauté, son mari, sa grande maison et sa fille, bref la famille à l’Américaine. Seulement ce bonheur ne dure qu’un temps et peu à peu Eve sombre dans une dépression mortelle, répétant sans cesse son train-train quotidien et finit même jusqu’à aller concurrencer ouvertement avec sa fille sur son compagnon Phil (Shiloh Fernandez). Au travers de cette femme envieuse et insatisfaite, le spectateur explore quant à lui le côté sombre du rêve américain, celui qui pousse ces familles à cacher leurs sentiments secrets derrière la belle façade de leur maison.

White Bird in a Blizzard

Contrairement à ses anciens films, Gregg Araki décide de s’orienter vers un rythme plus posé. Il n’en oublie pas pour autant de proposer encore une fois un joli travail sur l’esthétique, où l’on retrouve notamment des couleurs très saturées, et des lumières éclatantes. Ce travail très visible sur l’image apporte de la fausseté qui sied parfaitement au mensonge dans lequel sont les parents de Kat. Ils ne sont plus que des images, elle la femme au foyer parfaite abonnée aux taches ménagères, lui le mari modèle nié et trop bon. Et ils s’enfoncent dans ces rôles, n’en cherchent pas l’issue alors qu’elle semble possible. Kat, jeune, décide de profiter de sa vie, de pourquoi pas tenter des choses un peu folles, comme cette scène où elle décide d’aller draguer puis coucher chez un policier bien plus âgé qu’elle. Voilà pourquoi Araki aime tant les personnages d’adolescents, ils sont hors du monde des adultes, ils ont encore cette insouciance, cette petite folie, qui les rend moins tristes. Des purs moments de grâce onirique.

White Bird in a BlizzardPeut-être que ce n’est pas le meilleur Araki, mais White Bird est un vrai cinéma de la mise en scène à la bande son, comme à son habitude, de très bon goût. Le réalisateur nous dit vraiment quelque chose à travers les images. Il y a une réelle poésie qui se dégage du film, du coup c’est vraiment très agréable à visionner. Il reste un véritable cinéaste avec des sujets qu’il affectionne particulièrement et sa manière de filmer lui est propre. Un casting en or, les acteurs sont bons, tous bons. Eva Green, jouant une femme 10 ans plus âgée qu’elle, est très convaincante. La coqueluche du moment, Shailene Woodley, montre quelque-chose de différent par rapport à ses autres films et c’est plaisant. Quant à Shiloh Fernandez, toujours aussi canon à l’écran, personnage secondaire mais tout aussi important. Le metteur en scène s’est calmé mais son film ne manque pas de qualité (les scènes de rêves de Kat dans la neige sont magnifiques). Tout simplement bluffée, c’est un film abouti, intriguant et sensible. A voir.

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