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Interview #18 – Etienne de Crécy

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Interview #18 – Etienne de Crécy

Lors de son passage à l’Envers Club pour sa tournée Super Discount 3, nous avons rencontré Etienne de Crécy pour discuter de son album, de sa vision de la musique actuelle, et un peu du futur. Rencontre avec un des acteurs majeurs de la French Touch.


Le premier Super Discount est sorti en 1997, le second en 2004 et le troisième volet en 2014 ; chaque fois c’était une période différente, dans une décennie différente, est-ce que ta vision de la musique aujourd’hui est la même que dans les années 90 ou 2000 ?

Moi j’ai changé, la musique a changé. Quand j’ai commencé à faire de la musique, internet n’existait pas. Le premier maxi c’était en 92-93, internet commençait à peine, on s’envoyait pas de mails encore… Depuis, tout a changé. La production, par exemple, c’est de plus en plus simple. Les musiciens ont de plus en plus d’outils à leur disposition pour faire de la musique qui sonne bien, de la musique de qualité. Moi quand j’ai commencé, on a eu accès aux premiers home-studio, avec les samplers et des choses comme ça, on faisait des disques avec très peu de matériel.

Si on compare déjà ça avec ce qu’il y avait 5 ans auparavant, le matériel coûtait beaucoup plus cher. Nous on est arrivés juste après, le matériel est devenu plus accessible, on pouvait faire des albums pour pas très cher. Si on compare ensuite mes débuts dans la production avec aujourd’hui, là encore ça a changé. Avec un ordinateur et un simple programme maintenant tu fais un disque d’une qualité irréprochable, en dépensant encore moins qu’avant. La musique est devenue accessible au grand nombre.

Justement tu parles de tes débuts dans la production, on peut constater que tu bosses toujours sur du hardware actuellement, plutôt que sur du software…

Je bosse sur du hardware parce que j’ai commencé à une époque où la musique rapportait encore de l’argent, ce qui m’a permis d’investir dans de l’hardware. Mais mes premiers disques Tempovision et Super Discount ont été faits avec un sampler et une Atari, c’était le studio minimum que tu pouvais avoir. Moins de matos, tu pouvais plus faire de musique (rires). Après les outils sont devenus de plus en plus puissants et faciles d’utilisation.

Tu as commencé au tout début des années 90 et tu es toujours là après 25 ans dans le métier. Comment tu expliques une telle longévité ?

20 ans, abuse pas (rires). En fait c’est simple : je suis très lent. Dans la production, dans mon travail, dans tout, je suis super lent. Des gens font des carrières fulgurantes en deux ans tu vois, moi je mets 20 ans.

Tes albums ont toujours eu des formats assez courts, 10 ou 11 titres en général. C’est une marque de fabrique ou une volonté de faire court mais intense ?

C’est vrai que je ne mets pas très longtemps à faire des disques. Je fais de la musique électronique et le format album est pas très adapté pour ce style de musique. C’est plutôt développé pour faire des remixs, des EPs, beaucoup de lives, de Dj Sets, et seulement de temps en temps des albums. Mon but c’est pas de faire des albums, c’est de faire de la musique, et je trouve que le format album est pas le plus adéquate à ce style de musique.

J’ai entendu dire que tu considérais produire une musique vite faite, mal faite…

Alors en fait quand je passe trop de temps sur un morceau, j’aime pas. (Rires). J’aime bien quand ça se passe vite, sinon je me prend trop la tête dessus, j’entend trop le morceau et c’est un truc que j’aime pas.

Ton album comporte pas mal de collaborations et de featurings vocaux. On retrouve des personnes avec qui tu as déjà collaboré sur divers projets, mais également d’autres personnes, comme la chanteuse Madeline Follin ou encore Baxter Dury. Tu peux nous parler un peu de ces collaborations, comment vous vous êtes rencontrés et comment tu es arrivé à collaborer avec eux ?

En fait c’est venu de moi. Je me suis dis, au moment où j’ai fais Super Discount 3, que j’avais toujours fait des disques de collaborations, c’est toujours ce que j’ai fais sur les Super Discount d’ailleurs, alors j’ai voulu inviter des gens de nouveau. Par contre, c’est là que c’est différent des projets précédents, cette fois au lieu de collaborer uniquement avec des artistes de musique électronique et des producteurs, j’ai collaboré avec des chanteurs. La plupart sont tournés vers le rock et l’indie, que j’aime beaucoup écouter chez moi.

D’ailleurs c’est venu de là, j’aime bien lancer mon Spotify chez moi et écouter de la musique. Cette fois-ci j’ai lancé le logiciel et j’ai regardé les artistes que j’avais le plus écouté en 2013. J’en suis arrivé à une petite sélection et j’ai envoyé des emails à une dizaine d’artistes du haut de ma liste. Il y avait Cults, Backster Dury, Citizens… j’ai demandé aussi au chanteur de Metronomy mais il venait de sortir un album, du coup il était en pleine tournée et pas trop disponible, ça n’a pas pu se faire. Au final je suis content car j’ai bossé avec des artistes que j’aime bien et c’est ça le principal.

Pour les lives de Super Discount 3 tu es accompagné de Julien et Alex avec qui tu travailles déjà depuis plus de 15 ans. Je pense notamment au label Solid que vous avez fondé en 1995 avec Alex…

En effet avec Alex on bosse depuis très longtemps ensemble, pas toujours sur la musique, mais on est jamais loin l’un de l’autre. Son studio est juste à côté du mien par exemple. On suit chacun le travail de l’autre. Il n’y a pas un morceau que je sors sans avoir son avis, et inversement, même si je l’écoute pas toujours de mon côté. Des fois je lui dis « d’accord t’aimes pas, peut-être, mais moi j’adore, alors laisse-moi » (rires). Après Julien est venu et a commencé à bosser avec nous sur les lives de Super Discount 2 en 2004, c’est comme ça d’ailleurs que j’en suis venu aux lives, avant je ne faisais que des Dj Sets.

Le Cube est venu juste après…

Oui c’est ça. Une fois la tournée de Super Discount 2 finie je me suis dis pourquoi pas expérimenter le live en solo.

Quel est le rôle de chacun en live justement lors des tournées ? Vous vous répartissez les tâches ou vous faîtes ça au feeling ?

On se répartit vraiment les rôles, chacun à ses instruments propres. Julien il a une MPC et la TR-909, Alex il a la TR-808 et deux synthés. Moi j’ai la bassline et le controller, qui regroupe toutes les pistes. Je suis un peu le chef d’orchestre des trois. Si à un moment je dis tiens on va faire ça comme ça, de telle façon, faire cette partie plus longtemps ; c’est moi qui gère grosso modo, mais chacun fait partie intégrante du tout.

En continuant sur les lives, tu as un meilleur souvenir qui te vient en tête ? Une soirée en particulier ?

Des bons souvenirs j’en ai énormément, c’est une question difficile… Pour continuer à te parler de lives de Super Discount, je te dirais la soirée lorsque l’on a fait la dernière à Londres en 2005, avec Alex et Julien. C’était ans dans un club, qui a fermé depuis, où le même soir il y avait Vitalic et Erol Alkan qui jouaient dans la salle juste à côté, t’imagines un peu la soirée. On avait besoin d’une table de deux mètres pour mettre tout notre matériel, mais malheureusement ils n’avaient pas le nécessaire sur place. Du coup on a disposé trois tables de bars une à côté de l’autre, on a mis notre matos dessus et on a joué comme ça. La boîte était pleine à craquer et ça vibrait tellement que les gens au premier rang étaient obligés de tenir les tables et le matériel pour pas que ça tombe, en plein live. L’ambiance était vraiment sympa et inoubliable.

Londres c’est un gros souvenir pour pas mal de monde…

Londres c’est un peu la Mecque en fait.

Dans un cadre différent maintenant, quel est ton meilleur souvenir studio ?

Je ne pourrais pas t’en donner comme ça, c’est spécial la phase studio… Mon processus de création est jamais hyper fun. J’adore produire mais c’est souvent laborieux. Tu te dis que c’est pas mal, que c’est plutôt bien, mais c’est un moment où tu es tout seul. Tu as des phases d’excitation intenses parfois, mais qui restent assez solos ; et deux minutes plus tard tu te dis que c’est pas si top que ça, qu’il faut retoucher un élément, ou un autre. C’est pas si enthousiasmant au final, c’est beaucoup de prises de tête et c’est ce qui fait que j’ai pas de meilleur souvenir (rires).

Quel est le morceau, dans cet album, que tu as pris le plus de plaisir à faire ?

Le morceau Hashtag My Ass est assez particulier…

L’accueil du public s’est justement fixé sur le clip plutôt que de féliciter la qualité de production. Quel a été ta réaction vis-à-vis de ça ?

Les mecs on tout de suite dit « ce mec est un génie » alors que je te jure, il est pas totalement travaillé, c’est allé super vite (rires). Mais effectivement j’ai été un peu frustré de l’accueil accordé à ce titre. J’étais super content de proposer ce morceau là, à ce moment précis ; surtout en ayant sorti des morceaux avant dans le genre de Binary par exemple. J’ai trouvé que ça donnait une nouvelle direction.

En effet, j’ai trouvé que ce titre était une sorte de transition vers l’album. Entre ce que tu produisais sur tes derniers EPs et cet album, tu proposes quelque-chose de nouveau, on sent que tu t’es adouci. Si on prend le titre « Love » par exemple c’est pas trop du son de live…

C’est vrai que l’album est plus doux. Après c’est le concept des Super Discount, il y a quelques sons qui sont faits pour jouer en live alors que d’autres sont faits pour écouter tranquillement chez soi. Parfois il y a certains titres qui présentent les deux caractéristiques : qui peuvent être plutôt doux, mais qui ont ce petit truc en plus qui te donne envie de danser dessus en club, c’est le cas pour les titres Hashtag My Ass ou Sunset par exemple.

Pour tes lives Super Discount, c’est quoi le premier titre que tu joues ?

La setlist on l’a rôdé à force, on a vu ce qui marchait. Le premier titre que l’on joue maintenant c’est le Le Patron Est Devenu Fou du premier album. C’est une version actuelle, modernisée si on peut dire, mais on commence avec celui-ci et cela marche assez bien.

En 2013, tu avais déjà produit deux titres de cet album il me semble. Alors une question se pose : l’album en lui-même tu as mis combien de temps à le produire ?

En effet j’avais déjà produit Hashtag My Ass et Cut The Crap depuis quelques temps. C’est toute la partie collaboration, avec les chanteurs, qui a allongé le temps de conception de l’album. Les artistes mettent toujours un peu de temps à te répondre, à cause des disponibilités de chacun, ce qui est normal. L’album en lui-même j’ai pas mis tellement de temps à le produire en fait, les morceaux j’ai du mettre 6 mois environ à les faire. Je suis rapide, comme je t’ai dis (rires).

Comme tu es assez rapide, on peut espérer entendre un Super Discount 4 dans les années à venir ?

Alors oui c’est vrai que je fais mes albums rapidement, mais je prend mon temps aussi pour travailler sur chaque album, alors on va dire… dans dix ans ! Histoire de garder le rythme… 2024 nouvel album (rires).

Merci à toi pour cette interview !

Merci à vous !