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Interview #23 – Kaaris

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Interview #23 – Kaaris

Dans le cadre de sa tournée « 2.7.0 Tour » nous avons rencontré le rappeur Kaaris lors de son concert à la BAM (La Boîte à Musique) à Metz. Rencontre avec un des poids lourds du rap français actuel.


Tu sors ton premier album « Or Noir » en 2013, succès incontesté et rapidement certifié disque d’or. Tu reviens en 2015 avec un deuxième album intitulé « Le Bruit de mon Âme ». On dit souvent que le deuxième album est celui de la maturité, est-ce que tu penses faire les même scores de ventes que le premier ?

Je pense pas forcément. Je pense que ça dépend des albums. « Or Noir » c’était mon premier album, mais pas mon premier projet. Au niveau des ventes, avec « Le Bruit de mon Âme » on a fait 4000 ventes de moins que le premier album la première semaine. Avec « Or Noir » on a dépassé les 100 000 ventes au final. Avec « Le Bruit de mon Âme » je pense qu’on va faire 140 000 ventes. C’est un album qui va vendre sur le long terme. Il y a beaucoup de singles, il y a des clips qui vont arriver, et il y a plus de titres qui tournent en radio, donc ça va être tranquille.

« Ce rap est mon putain de terrain de jeu, Kim Jong II » – Kadirov

D’entrée de jeu tu attaques ton album avec un morceau violent qui porte le nom d’un dictateur tchétchène, que tu clôtures par une punchline en référence à Kim Jong II, également dictateur. Est-ce que tu te compares à une sorte de dictateur dans ce game ? 

Tu sais, le rap c’est une compétition. On essaies toujours d’être le meilleur, ou du moins on aspire à l’être. Moi comme je me considère comme le meilleur, forcément je veux écraser la concurrence, et je vais le faire sans aucun problème.

Cet album est encore plus poussé que le premier musicalement parlant. Je pense notamment aux titres « Le Bruit de mon Âme » ou « Voyageur » qui sont assez doux et planants. Est-ce que c’est toi qui a demandé des prods comme ça à Therapy ou alors lui qui te les a proposées ?

En fait Therapy me fait souvent écouter des instrus. 80% du temps c’est des choix personnels, je prend les instrus qui me plaisent ; mais des fois il me dirige. Quand il sent qu’il y a une certaine ambiance sur un son, il me le conseille. C’est vraiment un travail en commun.

Le premier album ne comprenait qu’un seul titre en featuring, sur ton nouvel album on trouve cinq titres en featuring. Est-ce une volonté de te mesurer à d’autres artistes ou alors une volonté d’explorer d’autres horizons ?

C’est vrai que les featurings en matière de rap, c’est souvent une compétition. Quand tu fais un feat avec un artiste tu as envie d’être bon, de faire tes preuves. Mais le piège dans lequel il ne faut surtout pas tomber, c’est justement de trop vouloir faire la compétition, car ça peut aboutir sur des morceaux pas forcément bons… Là le but c’était justement de faire de bons morceaux, et non pas la compétition. Sur les 5 feats présents sur ce nouvel album, on retrouve Lacrim, avec qui je devais déjà faire un feat il y a déjà plus d’une pige, à l’époque d’Or Noir. On retrouve aussi Block 13, Ixzo & Solo, des gars de chez moi. Il y a celui avec Future… Putain je crois que j’ai même pas besoin de commenter ce morceau, il est tellement bon !

En parlant de featurings, tu te fais souvent remarquer par tes couplets et tes flows assassins. Je pense notamment au titre « Kalash » où t’as choqué tout le monde avec ton gros doigt de pieds… On t’a jamais reproché de trop tuer une instru et d’effacer un peu le rappeur qui t’invite sur le son ?

On ne me l’a jamais vraiment reproché. Il faut dire aussi que je ne fais pas beaucoup de feats et je n’en ai jamais fait beaucoup dans ma carrière si on regarde bien… Mais comme je t’ai dis avant, quand j’en fait un de feat, j’ai envie d’être le meilleur. Si tu viens faire un morceau avec le Double A, il faut que tu te prépares à te faire enculer comme il faut, c’est sûr.

La présence des plus grosses têtes d’affiches du 93 dans le clip « 80 Zetrei » c’était un message assez fort. Est-ce que tu prévois de collaborer avec certains d’entre eux ? Cela ferait des morceaux assez dingues rien que d’y penser…

Ouais on y a réfléchi. On avait pensé faire un remix du morceau « 80 Zetrei » mais là pour l’instant je suis encore en train de bosser sur l’album. Il faut que je termine mes clips et tout, mais si il y a la possibilité de le faire, pourquoi pas.

Les différents rappeurs que l’on voit dans le clip sont Shone d’Holocost (Ghetto Fabulous Gang), Nakk Mendosa, Mac Tyer (Tandem), JoeyStarr (Suprême NTM), Kamel, Escobar Macson et Despo Rutti + le producteur 2093 (Therapy).

La connexion avec Future a fait beaucoup de bruit, comment s’est passée votre rencontre ?

C’est une rencontre qui s’est faite par Live Nation, Therapy Music et Def Jam. Ils ont appelé son manager, et comme il était de passage sur Paris, on en a profité. Quand on s’est vus on a fait le morceau et le clip le jour même. Franchement c’est une très belle collaboration. Même en studio l’ambiance était super cool, on se montrait nos vidéos, nos clips… Franchement c’était lourd !

Booba a récemment avoué avoir écouté ton album dans une interview pour l’Abcdr du Son, est-ce que toi aussi t’as écouté son album ? T’en penses quoi de son featuring avec Future ?

J’ai pas écouté son morceau avec Future, et son album je l’ai pas écouté. J’ai juste écouté les morceaux qui sont sortis avant. Son album j’en ai rien à foutre. J’en ai rien à foutre de ce qu’il fait en fait.

Dans le titre « Magnum » tu parles de nouveau de la marque Ciroc, dont tu avais fais un titre sur ton premier album. T’en penses quoi des gros rappeurs américains qui deviennent propriétaires de marques d’alcool ? Est-ce que ce serait le genre de chose que toi tu serais capable de faire ?

Les gros rappeurs américains, je pense qu’ils font de l’oseille, et qu’aux Etats-Unis c’est un autre délire. Aux Etats-Unis, ils prennent des rappeurs pour devenir l’égérie de certaines marques, et parfois de marques de luxe. En France, c’est une chose qui se fera jamais. Les marques ne veulent pas des rappeurs, ils ne veulent pas être mélangés à ce milieu là. C’est vraiment un autre monde, un autre univers. Là-bas, le rap c’est de la musique « variet » ; ici le rap est encore considéré comme de la musique urbaine, de la musique mise de coté. Ça ne marchera jamais comme ça en France, c’est pas possible. À moins que l’artiste crée lui-même sa propre bouteille d’alcool, et encore, on lui mettra des bâtons dans les roues, c’est sûr.

Pour toi, Gucci Mane c’est un modèle ou juste une inspiration ?

C’est un modèle au niveau du rap et au niveau de la réussite, mais pas un modèle au niveau humain. C’est une inspiration car le mec il a ramené quelques-chose artistiquement, il représente un truc, et ça fait kiffer.

Est-ce qu’on retrouvera les aventures de ton gros doigt de pieds dans un troisième album ?

Ouais ouais ! Mais là je crois que je vais mettre les deux doigts de pieds cette fois-ci !