Cinéma

CINÉMA – Le Tout Nouveau Testament

Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival du Film de Cannes le 17 Mai 2015, Le Tout Nouveau Testament, comédie fantastique et dramatique, éclaire le monde d’une lumière sombre et fatalement réaliste. 

LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT, C’EST QUOI?

«  Dieu existe. Il habite Bruxelles. » C’est l’idée originale de Jaco van Dormael : un monde où le Tout-Puissant (Benoit Poelvoorde) est un beauf habitant la capitale de la Belgique et s’amusant tel un sadique à pourrir nos vies. Car dans Le Tout Nouveau Testament, Dieu n’est que colère, alcoolisme et violence (tant d’un point de vue conjugal qu’à l’égard des hommes qu’il a créés).

Benoit Poelvoorde dans Le Tout Nouveau Testament

Son fils J-C a filé du royaume paternel (un deux pièces avec cuisine intégrée et buanderie) pour rejoindre ses 12 apôtres. Et maintenant Ea, 10 ans, cadette des enfants de Dieu, décide de fuir également et surtout de se venger de son méchant papa.
L’enfant rebelle (Pili Groyne) balance les dates de décès du monde entier par SMS et déguerpit de l’appartement pour aller chercher 6 apôtres supplémentaires, décidée à compléter l’équipe de 12 déjà montée par son grand frère. Et pourquoi 18 apôtres ? C’est évidemment le nombre idéal, puisque son inoffensive et soumise maman-déesse (Yolande Moreau) est passionnée de baseball, sport qui se pratique à 18.

En regardant la bande annonce et le casting (qui associe Benoit Poelvoorde, Yolande Moreau, François Damien et Catherine Deneuve), rigolade et satire de la religion sont attendues par le spectateur… En sortant de la salle, c’est finalement beaucoup de questions, quasiment philosophiques, et la sensation d’être ramolli qui dominent les états d’esprit.

UN FILM ÉTONNANT

Guidés par la narration d’Ea à travers les grandes étapes de la rédaction du Tout Nouveau Testament, nous nous retrouvons plongés dans l’Evangile de six nouveaux apôtres, des ratés modernes : Aurélie, Jean-Claude, l’Obsédé, l’Assassin, Martine et Willy.

Tout au long du film, ce sont donc les voix des différents protagonistes qui racontent l’histoire : Ea surtout, mais aussi les nouveaux apôtres. Construit comme un polyptyque, Le Tout Nouveau Testament se révèle poétique et intimiste, entrant dans la vie mélancolique de chacun de ses personnages de façon très douce (voire mièvre). Mêlant métaphores et images, van Dormael parvient à créer un récit illustré et à superposer les images pour les rendre plus parlantes encore. Il faut dire qu’il exploite les effets numériques à tort et à travers … Ce qui rend le film d’autant plus fantastique. Boris Vian et son Ecume des Jours n’ont qu’à bien se tenir : Catherine Deneuve sort avec un gorille, Dieu et sa fille se déplacent via une machine à laver, Ea écoute la « petite musique intérieure » de chacun, il y a un compte à rebours pour la vie de tout le monde …

Bref : naïf, mielleux, surréaliste, Le Tout Nouveau Testament est loin d’être hilarant même s’il nous fait sourire et rire (jaune) à de nombreuses reprises.

Mais plus encore que fantastique ou comique, Le Tout Nouveau Testament apparait comme un film dramatique, dominé du début à la fin par une certaine tension, toujours poétique, par une colère triste, presque amère, de vivre.

“Ça s’appelle la réalité. C’est assez moche”

C’est peut-être la force de ce film : émouvoir son spectateur, le faire rire et réfléchir. En mêlant le drame, la comédie et le fantastique ; van Dormael crée une atmosphère tout à fait particulière : une confrontation entre l’enfance et l’âge adulte, entre l’optimisme et le pessimisme, entre la fatalité d’une « vie de merde » et la possibilité d’en faire quelque chose de plus beau.

UN FILM SOIGNÉ

Si Le Tout Nouveau Testament n’est pas la comédie de l’année, ce n’en est pas moins un film appréciable. Moderne et sombre, il multiplie les jeux de lumières et les plans rapprochés qui donnent l’impression de pénétrer les pensées des personnages. Le cadrage, toujours très centré et précis, rappelle parfois les chefs-d’œuvre de Wes Anderson. Parallèlement, certains plans à la perspective impossible nous transportent dans une autre réalité, attisant le surréalisme du film. La photographie (Christophe Beaucarne) est soignée et plaisante.

Et Jaco van Dormael ne soigne pas seulement la photographie de son film puisque la bande originale l’est tout autant : entre classique (Purcell, Rameau, Haendel, Schubert…), variété française (Dalida, Charles Trenet) et la touche féminine de la chanteuse belge An Pierlé, la musique apporte harmonie et subtilité à ce bout de poésie.

L’équipe de WLN attend avec impatience vos avis sur ce film des plus étranges !

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