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REPORT – Festival Mara Moja II : la musique électronique dans un écrin de verdure

C’est perché sur les hauteurs d’Arry, un village mosellan, que plus de 800 festivaliers ont planté leur tente du 21 au 23 août pour la seconde édition du festival Mara Moja. Gratuit et indépendant, le rendez-vous estival était une invitation à célébrer la musique électronique dans le plus grand respect du site protégé.

Mara Moja a permis à ses disciples de venir planter leurs sardines au sommet de la colline d’Arry pour entrer en alchimie avec la techno chamanique émincée de ses danses balkaniques. Entre hêtres et charmes, la grande prêtresse de la Sainte musique a fait part de sa sorcellerie pour accaparer les esprits jusqu’à dimanche. Si leurs fidèles étaient présents, le festival de musiques électroniques en plein air a fait des adeptes de plus en plus nombreux au-delà des frontières lorraines. Strasbourg, Allemagne, Belgique, Paris, Bretagne, Sud de la France, Roumanie… Un melting-pot remarqué par DIEVX, festivalier – et incarnation de l’exubérance – heureux d’avoir pu « côtoyer aussi bien les nancéiens que les messins ». Tous ont accepté de quitter l’asphalte pour se perdre dans un cadre authentique, à communier avec la nature d’Arry et les sonorités électroniques pendant deux jours. 48h de concerts toutes les nuits de 17h à 14h le lendemain et ce, gratuitement alors que « l’orga, les DJs, la déco et le matos étaient à la hauteur d’un festoch payant » confesse un festivalier touché par la bonne parole.

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« C’est cool de voir des gens s’activer pour proposer ce genre d’événement gratuit. »

Rappelons qu’il y a un an, Mara Moja posait sa première pierre chez les Arrygeois. C’est en proposant un festival de musiques électroniques que l’association a investi leurs terres enchanteresses pour la première fois. L’événement d’envergure en pleine nature a marqué le début d’une longue épopée. La réussite de la première édition et son combat pour la pornmotion et la diffusion d’un courant musical qu’elle revendique l’ont mené à retenter l’expérience. Mais un autre facteur s’est révélé décisif lors du choix de la reconduction du festival : le jeune label messin, qui plaide en faveur d’une vie nocturne après 2h, a pour ambition de répondre aux attentes utopiques – mais néanmoins légitimes – des fêtards aguerris. Dans l’optique de proposer des manifestations culturelles qui s’étendent au-delà des créneaux horaires standards, il s’est vu dans l’obligation de déchaîner ses foudres et de déverser son énergie débordante au-delà du cœur de Metz. « C’est cool de voir des gens s’activer pour proposer ce genre d’événement gratuit. », se réjouit Isaac après avoir accompli une belle performance live samedi soir, au moment où la fête avait atteint son apogée.

Petits moyens, grandes expérimentations

Pour veiller au bien-être et à la sécurité de chacun, l’équipe de montage a mobilisé des moyens logistiques à hauteur de ses possibilités. « Malgré le peu de moyens dont ils disposaient, ils ont fait le taff niveau déco et aménagement du coin chill. », rassure Moussa, un des festivaliers parmi les 666 annoncés au départ. Récupération et recyclage de matériel, réactivité des âmes bricoleuses, minutie des couturières et génie créatif de chacun ont permis une scénographie Do It Yourself avec une répartition de l’espace soignée. Main Stage, backstage, zone chill-out et petite scène ont essentiellement été façonnées avec des palettes en bois, du mobilier suranné, des tentures orientales et des éclairages ultraviolets. À en croire Maxime, festivalier convaincu que « le spot était chanmé », habiller une vaste étendue d’herbe entourée par la forêt est un défi qui a été relevé par les petites mains de Mara Moja. Pour ce faire, les arbres ont été enlacés de guirlande de pommes de pain ou de boules multicolores, les vinyles transformés en cendriers et la laine utilisée pour la réalisation des cadres fractals en string art. La création d’une ambiance empreinte d’exotisme et de mysticisme n’est donc que le fruit d’une armée MacGyverienne qui s’est affairée pendant de longs mois pour le bon déroulement du festival. Une organisation dans les règles de l’art, en somme. Si une grande place a été accordée à l’art – et à la liberté – les règles ont malgré tout été respectées, particulièrement pour ce qui est de la sécurité et de l’environnement : mobilisation d’agents de sécurité, présence d’un stand de premiers secours et de prévention, de toilettes sèches ou encore d’un système de tri sélectif. Kicks, festivalier qui n’était pas inconnu des nancéiens, a apprécié que le rassemblement festif « soit légal ». En plus d’être réglementaire, « tous les avantages des free party étaient là ». D’autres points cruciaux ont été traités pour optimiser le confort des occupants avec la mise à disposition d’une buvette et d’un camping avec un parking gratuit.

Retour sur le site du festival, un espace naturel protégé. Quelques centaines de mètres séparaient l’entrée d’Arry à celle de l’entrée au site et s’y rendre pouvait nécessiter une ascension fastidieuse. En atteignant les sommets du village aux charmes infaillibles, les futurs occupants des lieux se sont laissés surprendre par une vue imprenable. Une fois arrivé sur le point culminant, l’aventure demeurait encore opaque. Mais l’espace insondable n’allait pas tarder à être défloré par les premiers festivaliers, déjà prêt à retourner, dans le respect le plus total, les terres vierges d’Arry. Sur ses hauteurs, rien n’était dicté. Chaque être sauvage en quête de sonorités répétitives – entendez par là entêtantes – a pu s’épanouir en toute liberté, s’affranchissant de tout codes.

Un lieu, deux univers musicaux

Vendredi, 17h, 29°C. Le coup de feu est lancé. Les hennissements des baffles de la Main Stage retentissent dans les pâturages. Crinière au vent, les Aurus Squad, Leen et Asher b2b Francis sont sortis de leur box les premiers, transmettant leur énergie communicative à travers le champ reconverti en piste de danse titanesque. Au crépuscule, les poulains des écuries Mara Moja se sont chevauchés sur une techno nerveuse et psychique : Stoé Orkéo, Nate Tone – phénomène OVNI dans un renouveau musical aérospatial –, Julian Muller et eg0n. Les autres étalons, One Ear, Isaac et Joey808 b2b U8 sont entrés dans la course au galop, conservant le même genre musical. Phil&Julz et Drimyn, des destriers d’une race différente, avaient une idée qui leur trottait dans la tête : ralentir le pas avec les sonorités plus subtiles et atmosphériques de la minimale, deep et tech house.

Parée d’objets insolites tels qu’un parapluie clownesque et un masque de gorille régressif, une peuplade s’est invitée à pourfendre vigoureusement le sol pour s’exprimer à travers une danse du corps. Le bruit incessant des vagues techno l’a plongé dans un état second vers les grands fonds marins. « La musique était incroyable, de toute ma vie je n’ai jamais aussi peu quitté le dancefloor en une soirée ! », avoue Moussa qui a eu le groove dans la peau toute la nuit. « Gros coup de cœur pour leur projection. », a ajouté le danseur invétéré, captivé par la déco mentale. Comme beaucoup d’autres, il a pu vivre une nouvelle expérience perceptive et sensitive grâce aux projections lumineuses dans les arbres et à la performance visuelle du Vidéo Jockey, fusionnant de manière cohérente avec la prestation des DJs. « J’ai adoré mon rôle de VJ. Ça va être un élément permanent de la scénographie de Mara Moja », précise Jean-Baptiste Grangier, qui a su illustrer les différentes ambiances sonores en reliant la sensation visuelle à celle du son. Un écran géant lui a permis de laisser libre cours à son imagination et d’explorer les arcanes célestes de l’interaction des images et de la musique : le VJing. Parmi une pléthore de techno, Wake Up de Laurent Garnier et d’autres classiques – et incontournables des rendez-vous Mara Moja – comme We Magnify His Name de Floorplan sont venus scander la soirée. Il fallait s’éloigner de la scène principale pour se retrouver dans l’atmosphère intimiste de la « Cabane », deuxième scène du festival – plus petite – investie par le collectif CTL!, des DJs venus de Munich et d’autres surprises.

Techno la nuit, house le jour. Les deux atmosphères musicales définies par Mara Moja en ont ravi plus d’un. « Ça m’a ramené aux premières free party que j’ai faite mais centrée uniquement sur la techno/house. », s’est remémoré Isaac. À l’aube, changement de paysage sonore. Les premiers rayons du soleil ont laissé place à une danse de l’esprit avec Canse, Varhat b2b Reïden, Mac Swyaa, Meissem b2b Jens Lözeltt et Arndt29. Les survivants ont anesthésié les premières traces de fatigue en se laissant bercer par une superposition de nappes sonores éthérées et hypnotiques. Ces rescapés de la veille ont pu assister au plus beau spectacle que la nature avait à leur offrir : la lente ascension du soleil entre les collines d’Arry. Un spectacle privilégié plein de poésie, décuplé par les mélodies doucereuses d’une techno minimale roumaine, tech et micro house ou dub techno intransigeante. Chacun a pris un ticket pour un vol en première classe pour vivre une expérience mentalement stimulante. Embarquement immédiat pour de longues heures de voyage abyssal à base d’explorations dub magistrales titillant l’imaginaire et tissage de voix spectrales à rendre paranoïaque.

« L’orga et l’ensemble du festoch bravo ! Belle prestation. », félicite Varhat qui a pris plaisir à jouer dans une ambiance « vraiment cool ». « On voit qu’il y avait du boulot derrière », reconnaît le co-fondateur du label franco-roumain AKU. Ce qui a le plus marqué Kicks, « c’est le soundsystem hyper bien réglé. La musique c’était top. J’ai kiffé le mélange house et tech dans le sens ou c’était pas de la house trop molle et pas de la tech trop hard. » Venant d’un DJ et producteur qui est passé par le Rex et qui a sorti des perles house old-school sur Cracki et Rutilance, ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Après une envolée céleste sur Rainu de Dragos Ungureanu, escale prévue sur la planète Vulcain aux côtés de la copie très réussie de Spock – personnage de fiction de la saga Star Trek – qui s’est soumis à une danse désarticulée tel un robot humanoïde. L’atterrissage de cette traversée planante s’est fait en douceur sur une aire de repos prévue à cet effet : le chill-out.

« L’orga et l’ensemble du festoch bravo ! Belle prestation. »

Dans l’après-midi, après quelques heures à peine de répit pour les oreilles des festivaliers, la musique reprenait déjà. Impuissants face à l’irréfutable envie des DJs de ne pas laisser dormir leurs platines, certains ont fait le choix de se poster devant la scène principale pour un réveil sonore tout en douceur avec The Day After, fruit de la collaboration psychédélique Ital & Halal. D’autres ont préféré reposer leur corps encore endolori dans l’espace de détente afin de le préparer à la nouvelle expérience musicale qui l’attendait pour le dernier soir du festival. Pendant ce temps pas si mort, volants de badminton, ballons, frisbee et bulles de savon démesurées volaient dans le ciel au beau fixe. « L’ambiance conviviale et bon enfant », c’est ce que Moussa a préféré au cours du festival. « La bonne humeur et l’ouverture d’esprit étaient au rendez-vous. Je n’ai pas vu la moindre bousculade ou le moindre débordement durant la soirée, tout le monde était là pour passer un bon moment. », s’est-il étonné. Isaac le rejoint : « Dans ce genre d’endroit, on ne croise que des gens ouverts et venus pour passer de bons moments, c’est vraiment plaisant comme ambiance. » Ses impressions sur l’équipe sont tout aussi flatteuses : « C’était la première fois que je rencontrais le Mara Moja Crew et comme je m’y attendais, c’est des passionnés qui font ce genre d’événements pour les gens et la musique. On a exactement la même vision. »

Pour beaucoup, Mara Moja aura laissé une trace de son passage sur la prairie verdoyante. « Le festival a été une belle surprise, beaucoup de monde par rapport à ce que l’on attendait, une très bonne ambiance, sans soucis notables. », soutient Jean-Baptiste Grangier. « Ils ont un sens aigu de l’organisation et Dieu sait qu’il en faut pour ce genre de week-end. Globalement, il n’y a rien que je n’ai pas aimé là-bas. Peut-être juste la salade de pâte à 7h du mat’. », ironise Isaac. Leur abnégation sans faille a été récompensée par un florilège de constats élogieux de la part des artistes, mais également des participants. Pour d’autres, c’est une certitude : « ça change de tout ce qui se fait dans le secteur. » Comblé, Moussa a lui aussi « vraiment adoré le festival tant au niveau de la qualité de l’organisation que de la musique et de l’ambiance. J’ai eu le sentiment que les organisateurs avaient créé l’événement principalement pour nous faire plaisir. Ils se sont pliés en quatre pour nous organiser un festival gratuit en échange de notre bonne humeur. » Une gratuité que DIEVX traduit très simplement : « On sent vraiment que l’organisation est bien en place et que la seule raison pour laquelle ils proposent leur fête gratuitement est leur générosité débordante. » Mais cette abondance de bénédictions divines s’explique surtout par le travail sans relâche des organisateurs, musiciens, artistes, médiateurs et bénévoles. Tout ce petit monde qui, à peine remis de ses émotions, s’est déjà remis au travail pour une nouvelle saison pleine de rebondissements avec deux dates prévues à Nancy. En d’autres termes, Mara Moja est une affaire à suivre

Signalétique - Crédit photo Franz Rémy Petitpierreau

Reportage signé Brice Launois & Mina Daniele

Mara Moja

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