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INTERVIEW – Rencontre avec Loa Lis, créatrice de vêtements

La pétillante créatrice Loa Lis nous a accueillie autour d’un café pour nous en dire un peu plus sur elle et sur son métier, la création de vêtements et la dissémination de joie.

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On t’a suivie sur les marchés de Noël des créateurs nancéiens, c’était comment ce marathon créatif ?

Ça s’est très bien passé ! Une super ambiance au P’tit Baz’Art, comme tous les ans. Quant à la galerie thermale, c’était une atmosphère complètement différente mais très sympa aussi. Ça marche toujours bien et c’est de plus en plus connu. Ce qui est dommage puisque ça risque d’être la dernière édition… J’y participe depuis moins longtemps mais ça permet au public d’avoir un premier aperçu de mon travail et ça amène toujours du monde à la maison lors des ventes privées.

En plus de ces salons, tu organises donc des ventes privées dans ton atelier. Pourquoi as-tu choisi de faire ça à la maison ?

Ça date de l’époque où ce n’était pas encore mon métier. Je ne participais pas du tout à des salons professionnels, mais il y avait malgré ça pas mal de personnes intéressées alors j’ai commencé à organiser des portes ouvertes…chez ma maman (rires). Depuis, ça a pas mal évolué. Actuellement, on met ça en place un samedi tous les deux mois environ. Il y a toujours au minimum une cinquantaine de personnes qui viennent. C’est vraiment un fonctionnement que j’aime beaucoup, car il n’y a pas du tout de distance entre les clientes et moi. Elles restent en général plusieurs heures, elles essayent, on boit un coup, on discute… C’est ce fonctionnement que je voudrais développer, plus que les expos ou même la boutique à Arles, où il y a un côté formel qui me convient beaucoup moins.

Tu te partages donc entre deux villes ?

Oui, entre Arles, où j’ai ouvert une boutique il y a deux ans, et Nancy. En sachant que la Lorraine est toujours restée le point central de mon activité. En fonction des lieux où j’ai vécu, j’ai installé mon atelier un peu à Dijon, un peu dans le Loiret ou en Normandie mais c’est toujours à Nancy que je revenais faire des ventes. Dans toutes les régions où je me suis installée, je n’ai jamais retrouvé… disons… cette absence d’apriori pour consommer directement chez des artisans.

À Nancy, on serait plus tournés vers un commerce local ?

Je ne sais pas si c’est le côté local ou un intérêt plus poussé pour l’artisanat. Auprès des Nancéiens, mes vêtements n’ont pas du tout une image de produit de luxe, ce qui était le cas ailleurs. Il n’y a pas non plus de retenue par rapport au fait de faire se chevaucher la relation cliente-vendeuse et la vie privée. Alors qu’en Normandie ou à Arles, il y a plus de réticence, ne serait-ce par exemple que pour laisser une adresse mail.

Racontes nous un peu ton parcours et quand tu as décidée de vivre de ta passion ?

Il n’y a pas eu de déclic à un moment précis, ça a été très progressif. Je me suis rendue compte que je pouvais gagner suffisamment pour vivre avec les vêtements et j’ai tenté le coup. Pendant cinq ans, la création de vêtement était un loisir. Puis, j’ai créé mon statut d’auto-entrepreneur et c’est resté une activité secondaire durant deux ans, en parallèle de mes études. C’est vraiment en 2011 que la création de vêtements est devenue mon métier.

À quelles difficultés as-tu dû te confronter en temps qu’auto-entrepreneuse ?

Pour monter le projet, je n’ai fait face à aucune difficulté particulière, car le statut d’auto-entrepreneur me convenait très bien. C’est plutôt il y a deux ans, quand j’ai commencé à travailler dans la boutique à Arles, que les choses se sont compliquées. Avant, j’étais tout le temps dans mon atelier et je n’avais à gérer le côté commercial que pendant les ventes privées et les expos. Dorénavant, je dois gérer la boutique en plus et ça me demande beaucoup de travail. Il faut que j’arrive à m’organiser pour pouvoir continuer à créer autant qu’avant et que la relation avec les clientes ne devienne pas une contrainte.

Récemment, tu as monté un projet de financement participatif, tu peux nous en dire un peu plus ?

Je voulais lancer une collection de vestes pour hommes, une collection de robes de mariée et acheter un gros stock de tissu de fabrication française pour continuer ma collection de vestes pour femme. C’était très intéressant de se mettre toute seule face au jugement des gens. Même s’il y a toujours des personnes qui m’encouragent et aiment mon travail, lorsqu’on lance une collecte d’argent, le verdict est immédiat.

Et c’est aussi se mettre à nu et tester son égo car on est obligé de se mettre en avant, de se vendre quoi, et c’est pas évident ! Je n’ai pas vraiment choisi la bonne période pour le faire mais l’histoire s’est heureusement très bien terminée !

Dans le fait de préciser l’origine de tes tissus, il y a un côté militant ?

Oui, ça l’est devenu. Au départ, c’était plutôt pour des raisons de qualité. Aujourd’hui, le contexte est tel que je trouve ça plus que normal – sinon un devoir – de faire du recyclage, de privilégier les entreprises locales, pas forcement françaises car le local, ça peut être à une échelle un peu plus large, mais je m’applique à suivre cette ligne de conduite.

Comment choisis-tu les mille et un tissus qui composent tes vêtements ?

C’est comme tout le reste, complètement inconscient. Ça se joue au coup de cœur. Un motif que j’avais trouvé génial une semaine auparavant peut me sembler complètement nul. Ou alors il m’arrive de retomber sur des tissus achetés il y a dix ans et me dire « C’est celui-là qu’il me faut ».

Tu t’imposes des « tendances » en fonction des saisons, à la manière de la plupart des grandes marques que l’on connaît ?

La raison pour laquelle j’accepte de faire ce métier, c’est que je ne me donne aucune contrainte. Si je devais un jour m’imposer ce genre de choses, je pense que je changerai de voie.

Ce choix de liberté se paie par le fait de produire d’avantage de pièces ?

Dans les faits, oui. J’ai l’impression de pouvoir faire ce que je veux mais j’en viens à travailler 70 heures par semaine sans forcément m’en rendre compte.

Tu penses pouvoir retourner à un métier disons, un peu plus traditionnel ?

Oui, mais peut-être pas durablement non plus. La stimulation du travail en collaboration avec d’autres personnes me manque parfois mais je pense que je ne pourrais pas lâcher trop longtemps cette totale indépendance.

“Nancy, c’est vachement Rock’n’roll !”

Tu a proposé une belle collaboration sous la forme d’un défilé, au P’tit Baz’Art, dans lequel intervenait une chanteuse et deux collectifs de théâtre. Tes vêtements ont une certaine connotation théâtrale, est-ce que c’est vers la scène que tu te diriges ?

Oui, on me le dit souvent. Le défilé du P’tit baz’Art est vraiment représentatif du type de projet vers lequel je souhaite me diriger. Mais c’est surtout parce que j’ai rencontré les bonnes personnes, des gens qui me correspondent et avec qui j’avais envie de monter des projets ! Pour le côté créatif et les ventes que j’organise, j’ai envie de rester indépendante, mais monter ce genre de spectacles, c’est super stimulant !

We Love Nancy est axé sur l’action culturelle menée sur Nancy, quelle est la première chose qui te vient à l’esprit en pensant à cette ville ?

C’est vachement Rock’n’roll ! (rires). C’est ce qu’on s’est dit avec les amis avec qui je suis remontée d’Arles. Il y a un état d’esprit qu’on ne retrouve pas dans le Sud ou en Normandie. Je ne m’en rendais pas du tout compte avant de vivre ailleurs… Et c’est en partie pour ça que j’adore y remonter.

Tu as des noms en tête d’artistes dont tu aimes particulièrement le travail sur Nancy ?

Il y en a tellement, c’est difficile de choisir ! J’aime beaucoup l’Atelier d’Agathe, je trouve qu’elle fait des choses vraiment cool. La boutique Helmut et Petulat également. C’est vraiment une réussite au niveau de la sélection, des présentations.

Et pour finir, la vision que tu as de ton propre travail ?

J’applique dans mon boulot la philosophie que j’ai au quotidien : j’essaye de faire toujours en sorte que les gens autour de moi se sentent bien. Je pense qu’à travers mes vêtements, je fais passer quelque chose de positif qui renvoie aux personnes une image qui leur plait.

Tu envoies de l’amour, quoi ?!

(Rires) Oui ! Et je pense que ça plait beaucoup aux gens qui me plaisent beaucoup !

Et rien que pour vous, un petit bonus sous la forme d’un portrait chinois !

Si tu étais…

Un artiste : Pour a peu près tout, je change d’avis toutes les trente secondes et ce domaine est tellement large que…c’est très compliqué. J’y ai déjà réfléchi, mais j’en ai aucune idée.
Un créateur de mode : Je dirai Christian Lacroix. C’est un des seuls créateurs que je connais bien et dont j’aime absolument tout le travail.
Un vêtement : Je pourrais dire une culotte (rires) mais je dirai…un manteau !
Une matière : Du bois
Un tissu : Du Jacquard (rires)
Une musique : Comme pour l’artiste, c’est vraiment très large et très fluctuant ! En ce moment, pour le clin d’oeil et parce que c’est génial, je dirais Invisible Hands de Delphine Capron.
Une odeur : le coing
Un voyage : le tour du monde, évidemment
Un sentiment : la joie


 

Il est maintenant venu le temps de vous souhaiter une bonne année. Que 2016 soit pleine d’amour et de projets pour vous !

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