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CINÉMA – The Revenant, notre avis…

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Après Birdman (2014), le réalisateur Alejandro González Iñárritu nous offre en ce début d’année 2016 The Revenant, film qui n’a pas manqué de faire parler de lui. Avant sa sortie, d’abord, avec une bande annonce qui promettait un combat impressionnant de Leonardo Di Caprio avec un ours mais surtout le weekend dernier, après trois récompenses à la cérémonie des Oscars. The Revenant est grassement récompensé : Iñarritu reçoit l’Oscar du meilleur réalisateur, Di Caprio (enfin !) l’Oscar du meilleur acteur mais surtout, Emmanuel Lubezki est honoré pour la 3ème année consécutive (après Gravity et Birdman) de l’Oscar de la meilleure photographie.

Soit. Reste à savoir si le film vaut vraiment le coup d’œil, non ?


L’Amérique profonde. Blanche, froide, enneigée. Un groupe de trappeurs évolue en Terre hostile, parmi les indiens. Après que la moitié des trappeurs a été décimée par ces derniers, un petit groupe survit : Hugh Glass, son fils à demi-indien Hawk, Henry, John Fitzgerald, Jim Bridger et quelques autres hommes parviennent à prendre la fuite en bateau. Mais Hugh Glass (Leonardo Di Caprio) est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, laissé pour mort après que Fitzgerald (Tom Hardy) a essayé de l’achever et a tué devant ses yeux son fils, Glass refuse de mourir. Plus de 300 kilomètres le séparent de sa vengeance et de la civilisation. Entre soif de vengeance et exploits surhumains pour lutter contre tout ce qui se met en travers de son chemin (et essaye de l’achever), Glass lutte pour arriver à ses fins.

C’est l’instinct de survie qui doit dominer pour réussir à s’en sortir dans cette nature hostile – ours, blizzard, froid polaire – et parmi des ennemis féroces – les indiens, mais aussi les traitres. Au delà du western, il semblerait qu’Iñárritu s’attelle plus à parler du rapport de l’homme à la nature, de la toute puissance de celle-ci et surtout du vice intrinsèque à chaque être humain, le transformant en un monstre sans cœur dans son rapport à autrui. Un retour aux origines de l’homme donc, témoignage du combat acharné de la civilisation face aux peuples indigènes et à la nature sublime.

Impressionnant, réaliste, magnifique

Bien-sûr, impossible de passer à côté de la performance impressionnante de Di Caprio. Pour se mettre dans le rôle de Hugh Glass, il s’est transformé. Bavant, grognant, saignant, Leonardo est bien loin de ses rôles de beaux gosses mégalomanes comme dans Le Loup de Wall Street ou de son image de sex-symbol. Barbu et bourru, il évolue dans le froid, mange et vomit du bison cru, se fait quasiment tuer par un ours, s’enfouit dans un cadavre de cheval. En souffrance et méconnaissable, l’acteur a dû faire un énorme travail sur lui-même pour arriver à jouer de façon si réaliste le rôle de trappeur.

Mais à la réalisation et à la photographie, les Oscars n’en sont pas moins mérités : Alejandro González Iñárritu et Emmanuel Lubezki, en étroite collaboration, déroulent sous nos yeux des paysages magnifiques, sauvages et improbables. Filmés en lumière naturelle, entre Argentine, Canada et Etats-Unis, les images de The Revenant sont à couper le souffle. Plus encore que la difficulté de filmer en lumière naturelle, force est de constater la virtuosité des plans-séquences, accentuant encore un peu plus le réalisme du film. Parmi ces panoramas exceptionnels, impossible de ne pas être bouche bée. Les montagnes et la forêts enneigées sont magnifiques, immenses, presque fantastiques. Et l’Homme est tout petit.

Petit bémol en revanche, en voulant rendre son film réaliste, Iñárritu multiplie parfois les procédés qui desservent son objectif : notamment dans certains plans où Di Caprio respire avec difficulté, tout proche de la caméra, provoquant une buée à l’écran. Buée qui rappelle que non, ce n’est pas le froid glacial du Dakota du Sud enneigé sous mes fesses mais bien un siège confortable du cinéma.

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Manichéen, long, capillotracté

Le scénario, pourtant inspiré d’une histoire vraie, dessert en revanche la réalisation qui aurait sûrement gagné à ce que le sang qui s’écoule du corps de Di Caprio abonde un peu moins. Effectivement, l’acteur, enchainant combat avec un ours, chute de 20 mètres à cheval, attaque d’indiens et nage dans les eaux glacées, se relève toujours, presque en forme – et un peu rapidement pour être crédible. Et il faut bien admettre qu’il passe l’essentiel du film à grogner comme un animal plutôt qu’à proférer de vraies répliques, se rapprochant plus de la bête que de l’homme. La méchanceté gratuite de Fitzgerald (campé par Tom Hardy) pose aussi question : est-il haineux-cruel-raciste… Par pur plaisir ? Méchant contre gentil donc, probablement un peu réducteur quant à la nature humaine ; et surtout très manichéen.

Autre point déplaisant, quelques moments de poésie, avec des flashbacks de la vie passée de Hugh Glass, rallongent sensiblement le film. Ce qu’ils apportent à l’intrigue ? Apparemment rien, si ce n’est qu’ils compensent les moments où il est forcé d’avaler des morceaux de cadavre bison cru pour survivre… Tentative d’humaniser le trappeur ou d’apporter une sensibilité à ce personnage vengeresse et robuste ? Des parenthèses romantiques un peu décalées dont on se serait bien passé, surtout si cela avait pu réduire la longueur de The Revenant de quelques minutes.

L’absence tant de dialogue que de suspens ajoutent également à la longueur du film (2h36), essentiellement divisé entre la contemplation de la nature et les différents liquides (sueur, bave, sang) qui s’échappent du corps de l’oscarisé.

A noter avant d’emmener voir ce film par des enfants (même de plus de 12 ans), le réalisme de certains plans sanglants peut éventuellement devenir choquants pour les plus sensibles.

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