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INTERVIEW #37 – Les Gars du Coin

INTERVIEW #37 – Les Gars du Coin

Avis aux aficionados de rap made in Nancy ! Issus du collectif Les Gars du Coin, Gavabon, Griff et Keuss forment un trio savoureux. On attendait avec impatience la sortie de leur premier LP, ALOHA. Ils nous parlent de cette nouvelle création…

Gavabon, Griff, Keuss… que signifient ces trois pseudonymes ?

Keuss : C’est le verlan de sec parce que je suis svelte, maigre. A la base, je m’appelais Rimkeuss, mais il y avait déjà plein de gens qui m’appelaient Keuss. Peut-être qu’un jour on m’appellera juste « Ssss » (rires).

Griff : C’est en rapport avec la boite « La Griffe » à Nancy, à côté de l’UGC Saint-Jean. J’étais en seconde ou en troisième et j’avais une amie qui fêtait ses 18 ans là-bas. J’étais le seul babtou de la soirée et ils m’ont tous appelé « la griffe » quand ils étaient rébou. Ils faisaient des cercles et moi, je dansais au milieu. C’était une bête de soirée où on a trop rigolé. C’est aussi à ce moment que j’ai commencé le rap et tout le monde m’appelait La Griffe. Alors j’ai gardé ce surnom.

Gavabon : Alors pour moi, ça vient de… pas grand-chose. Depuis la seconde, j’ai eu plein de blases différents qui ne ressemblaient pas à grand-chose et il fallait absolument que j’en choisisse un pour m’inscrire aux End of the Weak. J’ai trouvé Gavabon parce que c’est un jeu de mots avec vagabond. C’est aussi le côté bon gava (bon gars). Mais il n’y a pas vraiment de signification, c’est juste pour avoir un jeu de mots bidon et un blase.

Les Gars du Coin rassemblent beaucoup de rappeurs. Pourquoi avoir choisi de vous associer tous les trois pour ce projet en particulier ?

Griff : Comme tu le dis, LGDC est un collectif donc il y a plein d’entités qui se sont formées (Le Navire par exemple). Quand j’ai rencontré Keuss, je n’étais pas encore dans LGDC. On y est rentré tous les deux il y a un an et demi, au moment des premières Machines à Rappeurs. Avec Gavabon et Keuss, on a réussi à créer ALOHA par affinités parce que l’on faisait pas mal de morceaux ensemble et qu’on en avait plusieurs qui se ressemblaient dans la couleur du son. Tonton Ek (qui est un peu le masterchef du groupe), nous a dit : « Eh les gars, vous commencez à avoir plusieurs morceaux ensemble… Faites pas chier, regroupez-les et mettez-les dans un g-pro. Faites-en trois de plus et on verra ce que ça donne ». On l’a écouté et ALOHA s’est formé. Après, ça ne nous empêchera pas de faire des projets avec d’autres membres du collectif pour créer de nouvelles entités.

Vous avez tous les trois des références et des univers différents, comment faites-vous pour créer un morceau ensemble ?

Griff : On trouve un gimmick ou une petite phrase de refrain qui nous accroche tous les trois et on part de cette ligne-là chacun dans nos univers. A partir d’une même phrase, tout s’emmêle. Par exemple, dans le morceau Iowa, Keuss et moi on dit tous les deux quelque chose en rapport avec les pétales (« On est à la fleur de l’âge mais le monde fait qu’on n’a plus aucun pétale », Griff, Iowa / « Je sais qui prendra le volant si je perds les pédales, dans la fleur de l’âge, j’l’ai mis dans mon livre pour me souvenir de tous ses pétales », Keuss, Iowa), alors qu’on ne l’a pas écrit ensemble. C’est stylé de se dire que l’on est parti d’une phrase commune et qu’on arrive sur les mêmes tournures, ça tue.

Auriez-vous une anecdote à nous raconter sur cette collaboration ?

Keuss : Moi j’en ai une bonne à raconter… (rires)

Griff : Tu parles de “Berline” ?

Keuss : Ouais. On a appelé le morceau “Berline” alors qu’il n’y a pas de voiture dedans…

Gavabon : … mais il y a un tram !

Keuss : On voulait se rappeler de Berlin parce que Griff faisait de la musique là-bas et qu’on l’a rejoint pour finaliser ALOHA. On est revenu en voiture avec Hexpir, un rappeur de Strasbourg qui fait partie de DoubleH et qui est dans le morceau 24/7. On s’arrête sur une aire d’autoroute et, Gava et Hexpir vont acheter un café et à manger. Moi, j’étais à l’arrière, habillé en noir et je dormais sur la banquette. Je me réveille, pars faire pipi dans les buissons parce que c’était plus près et que les chiottes en Allemagne, c’est 50 centimes, donc pas très rentable pour ce que j’avais à faire. Une fois dans les buissons, j’entends les portes claquer, le moteur s’allumer et la voiture partir. Je leur cours après avec le pantalon dans les mains… Mais ils ne me voient pas et je reste là, sur l’aire d’autoroute…

Gavabon : On ne s’est pas rendu compte qu’il n’était plus là… On discutait dans la voiture, on parlait même de lui. Et à un moment, je reçois un appel de Keuss et je me dis que ce doit être son phone qui sonne dans sa poche. Je me retourne pour lui dire : « coupe ton phone, t’es en train de m’appeler » mais je ne le vois pas. Je regarde Hexpir qui est au volant et je lui dis : « Gros, y’a pas Keuss… ». On a poussé des cris. Du coup, j’ai répondu au téléphone et on s’est tapé une grosse barre.

« Aloha » signifie amour, affection, au revoir, ou encore bonjour en hawaïen. Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Griff : Il me semble que ce mot nous est venu avec la rime du premier morceau. (Iowa)

Gavabon : Oui, et on le dit de manière indirecte dans le refrain (« allo allo », Gavabon, Iowa).

Griff : En cherchant les significations, on trouvait que ça sonnait bien avec l’esprit LGDC, le fait que l’on soit tous ensemble et qu’on se kiffe, c’est familial. Et puis c’est le premier projet que l’on fait et si tu ne dis pas bonjour « [tu te] fais niquer [ta] mère » alors que là, il n’y a pas de problème, on le dit dans le titre. (rires)

Temps qui passe, Alcool, Argent, transparaissent de manière récurrente dans vos musiques. Pourquoi ces thèmes vous inspirent-ils ?

Griff : Le temps qui passe, ça fait flipper. Même si je n’ai que 21 ans et que je suis le plus jeune des trois, je déteste le temps. Tu ne peux rien faire contre. L’alcool aide à passer le temps et je pense que c’est aussi  un fait de génération parce qu’on tise beaucoup en soirée. Dans les textes de Gavabon, l’alcool est vu comme quelque chose de mauvais mais on a tous des visions différentes. Et c’est vrai que l’on parle aussi beaucoup d’argent parce qu’on aimerait bien en avoir (rires).

Keuss : Je n’ai pas d’objectif spécial dans la vie, je ne me dis pas : «  wouah il faut que je perce dans le rap sinon ça ne sert à rien que je vive ». Mais il faut que je fasse de l’argent parce que c’est ma bouée de sauvetage niveau objectif. Je pense que je pourrais faire plein de choses avec.

Griff : Je suis à moitié d’accord avec ce que tu dis parce que j’aimerais vivre de la musique à 100%, que ce soit en tant que rappeur, beat maker ou ingé son. Mais je parle beaucoup d’argent, parce que ça reste, comme tu le dis, un objectif. Sans argent tu ne peux pas vivre tranquillement aujourd’hui. Si pour pouvoir s’acheter un micro Neumann à 2500 euros il fallait élever des poulets frère, j’élèverai des poulets.

Keuss : Après la question c’est pas « est-ce que tu veux de l’argent ? ». Tu vas demander ça à n’importe qui, tout le monde va te dire oui. La question c’est « pourquoi ? ». Moi je me dis que c’est parce que je n’ai pas d’autre objectif que je veux me faire de l’argent. Je ne vais pas rester dans mon canapé à rien faire. C’est pour ça que je travaille place Stanislas alors que ça ne me botte pas du tout de servir des boloss qui sont pétés de thunes alors que moi je n’en ai pas. Mais s’il faut le faire pour avoir de l’argent, je le ferai.

Griff : Qu’est-ce que tu as à répondre à cette question bien compliquée Gava ?

Gavabon : Dans la vie, on veut tous des thunes. Si on vivait de cette musique décemment ça serait beau, mais il faut travailler pour. Money money money yoooooo !

En écoutant ALOHA, il y a certaines phrases qui nous ont marquées. Par exemple, « on est à la fleur de l’âge mais le monde fait qu’on n’a plus aucun pétale », Griff, Iowa.

Griff : Cette phrase rejoint beaucoup la notion d’alcool dont je parlais tout à l’heure. On est jeune et on se détruit, on perd l’innocence trop vite. On devrait être des roses avec de beaux pétales. On devrait être en éclosion et on se renferme tous les uns sur les autres. On se met tous des croche-pieds, l’école c’est de la concurrence. Il y a plein de choses qui font que l’on reste juste des bourgeons et que ceux qui arrivent à éclore, c’est ceux qui arrivent à se libérer de tout ça. Le monde ne nous permet pas de nous épanouir comme on le devrait.

« Ça fait longtemps que le train est passé, arrête de dire que t’as failli l’avoir », Gavabon, Berline

Gavabon : Les gens vivent trop dans le passé, ils ont du mal à tourner la page alors qu’ils devraient regarder droit devant eux. Il faudrait arrêter de ressasser tout ce que tu as raté, tout ce que tu aurais pu réussir. Il faut juste aller de l’avant.

« On veut laisser les bonnes traces sur le chemin pas seulement tourner en rond », Keuss, Berline

Keuss : Le petit poucet laisse des cailloux pour retrouver le chemin de sa maison sinon il se perd. Admettons que l’on soit déjà perdu et qu’il faille que l’on retrouve la maison. Si on retrouve la maison, on laissera des bonnes traces alors qu’à l’inverse, on restera perdu et on tournera en rond.

Griff : C’est aussi scientifiquement prouvé, chaque homme a un pied fort et si tu marches dans la forêt et que tu ne marques pas ton chemin, tu vas forcément tourner en rond.

Vous avez fait beaucoup de concerts à Nancy et dans la région Grand Est, lequel vous a le plus marqué ?

Gavabon : Lapalette l’année dernière, c’était très lourd.

Griff : Oui, c’était ouf au niveau de l’énergie. Mais au niveau de l’émotion, personnellement c’était le premier Chill up parce que c’était ma première grosse scène avec LGDC. Quand le concert s’est fini, j’étais vraiment heureux et je me suis dit : « Wouah c’est bon, je peux rouler un kick et mourir maintenant ».

Keuss : Moi aussi je dirais le Chill up de l’année dernière parce que c’est aussi ma première grosse scène et je crois que c’était mon deuxième concert. C’était v’la lourd et v’la intimidant. Des fois, tu as des coups de mou et tu te dis « c’est que de la musique », et après tu fais le concert avec tes potes et tu es v’la gets. Tu sors du concert et tu as envie de sortir trois CD ! C’est un des concerts qui m’a donné la force de continuer. Et Lapalette parce que c’est le concert de cœur.

Qu’est-ce que vous aimez dans ce festival ?

Griff : C’est la famille, on est à domicile. On connait les organisateurs (Alex Amiaud, Léo Scheer, Léopold Bergé, Lionel Demaret, Paul Iogallo, Pauline Mengel, Tanguy Pourry). Quand on arrive, le site est magnifique. C’est sur trois jours, il y a plein de monde et c’est vraiment l’ambiance festival/camping.

Keuss : Le public est toujours chaud. On sait que ça va être le bordel !

 

Qu’est-ce que vous ressentez quand vous êtes sur scène ?

Gavabon : On a l’impression que l’on se dédouble, comme un personnage qui se créerait. On est dans une espèce de transcendance.

Keuss : C’est comme un match de compétition. Au début, tu stresses jusqu’à ce que tu prennes le micro et après c’est comme si tu étais dépucelé, tu peux te lâcher, t’es chaud et ça coule de source. Ça passe tellement vite ! Dans un match, tu ne penses qu’à marquer un but et au concert, tu te concentres sur ton texte. C’est ton moment, il faut que tu te donnes à fond. Quand tu sors, tu es fatigué mais c’est une bonne fatigue. Comme lorsque tu fais du sport, tu as couru derrière un ballon toute l’après-midi et ça n’a servi à rien en soi, ça n’a pas changé le monde mais tu t’es bien dépensé, et surtout tu as fait quelque chose qui te plaisait donc tu dors serein.

A quoi peut-on s’attendre pour la suite ?

Gavabon : On vient de sortir un projet d’il y a deux ans, avec pratiquement tout LGDC. On attend un projet de Woody (Woodsdad) qui est dans le four et qui va sortir bientôt, un quatre titres Cotchei, un sept titres de Mofoh et je prépare un huit titres. Lobo, Trev et NEHS vont aussi sortir un projet qui dort depuis un moment et sur lequel ils bossent depuis deux-trois ans. Et pourquoi pas un ALOHA 2 !

Merci à Gavabon, Griff et Keuss d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. ALOHA est disponible sur toutes les plateformes de streaming et en vente au hatshop de Nancy (19, rue Sainte-Anne). Big up !

Interview et article par Marion Monin.

© Photos par Julian Pierrot.

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