Cinéma

CINÉMA – The Lobster : on en pince pour le homard

Comédie dramatique grinçante, The Lobster a remporté le prix du jury lors de la 68ème édition du Festival de Cannes. À sa sortie ce mercredi, la rédaction était au rendez-vous. Rire ou malaise ? On hésite encore…

SPOILER

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Le grec Yórgos Lánthimos réalise avec The Lobster (« le homard » en français) une dystopie originale. Dans un futur proche, les célibataires sont traqués et condamnés à être transformés en animaux s’ils ne trouvent personne pour partager leur vie.

Dommage pour David (Colin Farrell) puisque sa femme vient de le quitter. Il est donc envoyé dans ce qui semble être un camp de redressement pour célibataires. À son arrivée dans le sublime hôtel où il est enfermé et supposé trouver l’âme sœur en 45 jours, on lui assigne une chambre individuelle, des habits, de l’eau de Cologne, une montre et des lunettes de soleil. L’organisation est bureaucratique : les « pensionnaires » répondent à un questionnaire détaillé sur leur identité et leurs préférences sexuelles. Ceintures cadenassées et mains menottées, le bel hôtel s’apparente plus à une prison qu’à un lieu de rêve – malgré le spa, le golf et la vue imprenable sur la superbe Sneem River irlandaise.

DÉRANGEANT, CINGLANT, DÉCONCERTANT

L’établissement correctionnel ne s’arrête pas là : de nombreuses règles sont instaurées et les punitions tombent avec intransigeance sur ceux qui y dérogent. Se voir contraint de mettre ses mains dans le grille pain en marche pour masturbation, ça fait peur…

Finalement, David s’échappe. Il se retrouve parmi Les Solitaires, traqués dans la forêt. L’ambiance parmi les dissidents n’est pas moins tendue que dans l’hôtel. Les règles sont également sévères chez les Solitaires, puisqu’elles interdisent tout flirt. Et les punitions sont encore plus terribles, et données par Léa Seydoux, chef des rebelles.

Bref, les rapports entre les personnages sont cordiaux, froids et personne ne semble digne de confiance dans ce monde étrange. À cela s’ajoute la musique aux violons dramatiques, les plans longs voire même au ralenti, la voix de la femme myope, monotone et quasi laconique, narratrice du film… Un cocktail mortel pour rendre le spectateur mal à l’aise.

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ABSURDE, BURLESQUE, ABRACADABRANTESQUE

En décalage permanent avec la réalité pour mieux la dénoncer et en moquer les codes, The Lobster ridiculise la pression sociale qui pousse soit à rester libre, célibataire et autonome, soit à se « caser », « trouver la bonne personne » et être en couple.

La recherche d’un compagnon s’apparente à la recherche d’un point commun chez autrui, au risque de mentir : pour éviter de finir transformer en bête, mieux vaut prétendre que vous avez, vous aussi, des problèmes de saignements de nez, de myopie qui vous rapprocherait de près ou de loin d’un autre célibataire.

Finalement on ne sait plus si on doit rire ou non. Mais la situation s’y prête tant telle est absurde : chasse à l’homme dans la forêt, thé dansant où tout le monde est vêtu de la même manière, rave-party silencieuse et champêtre… La bedaine de Colin Farrell et les retournements de situations font rire jaune devant un film à l’humour toujours plus noir.

Et le casting du film n’est pas pour nous déplaire non plus: Colin Farrel, Rachel Weisz, Ben Whishaw, Léa Seydoux et bien d’autres encore contribuent au ton grinçant de cette comédie-dramatique.

Bref: un homard pince-sans-rire qui vaut le coup d’œil… On attend vos avis éclairés !

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