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CINÉMA – Comment c'est loin, le film palpitant d'une jeunesse qui s'ennuie…

Imaginez vous vivre loin de Nancy et plus près de Caen. Toute l’année. Avec pas plus de diplômes qu’un bac ou qu’une licence, cherchant à vous évader d’un quotidien ennuyeux et répétitif. Morose et chiant à mourir… Avec pour seule passion le rap. Mais une flemme tellement forte, tellement imprégnée en vous comme une maladie irrémédiable, que vous n’êtes pas capable de faire un seul morceau en 5 ans. Triste bilan non ? C’est l’histoire d’un film pourtant passionnant réalisé par le rappeur caennais Orelsan, avec l’aide de l’expérimenté Christophe Offelstein.

Aurélien et Guillaume aka Orelsan et Gringe, équation parfaite du désormais célèbre duo Casseurs Flowters, se mettent en scène à travers ce premier film. Il n’est pas revendiqué comme autobiographique mais l’est en fait à 90 %. C’est l’histoire de deux vies croisées. Deux flemmards qui tirent vers la trentaine et dérivent dangereusement vers la flemme, l’ennui. Là où la sortie au centre commercial est un temps fort de la journée, où fumer une clope est un réflexe plus vital que se laver et où l’alcool est devenu le principal carburant de corps qui errent sans âmes. Ces deux préposées futur-merdes doivent devenir des futurs stars du rap depuis déjà 5 piges. Des producteurs un peu (beaucoup) naïfs ont cru en eux, sans voir qu’Aurélien et Guillaume n’y croyaient déjà plus.

La recette est aussi simple que ça. Les ingrédients étaient pourtant dangereux : premier film du rappeur en tant que réalisateur. Avec une histoire aussi ennuyeuse qu’aller voir pour la 40è fois de la journée s’il n’y a pas miraculeusement un truc comestible à manger dans son frigo ! Mais, à l’image de sa carrière. Orelsan : un touche-à-tout qui aime dire qu’il ne touche à rien. Il est en fait un véritable artiste qui met du cœur à l’ouvrage pour réussir ce qu’il entreprend : il s’est construit un personnage en solo avec deux albums crédibles. Lance son binôme avec l’album concept des Casseurs Flowters. Eporte la recette gagnante sur petit écran avec Bloqués sur Canal +. Et il livre aujourd’hui, à son public et aux autres, un film divertissant et réussi. Jamais un jeune branleur n’aura été si efficace !

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Comme vous l’aurez compris, le film est réussi, drôle et à la fois touchant. Orelsan a su retranscrire son univers de trentenaire qui en paraît 15, et réalise un premier film sincère et pure, où le jeu d’acteur du duo et des personnages secondaires est loin d’être ridicule. Le film est proche du public, et chacun peut se reconnaître dans au moins une des scènes, de 7 à 77 ans comme on dit. Orelsan s’est entouré encore une fois de son équipe, de sa famille, et a parlé d’une très belle manière à tous les gens qui le suivent depuis tant d’années.

On rit devant « Comment c’est loin ». On pleure presque. On est nostalgique d’une époque passée. On bouge la tête sur ce film de vie quotidienne tirant vers la comédie musicale moderne. Bref, on ne peut pas rester insensible devant ce film et la critique le laisse d’ailleurs transparaître.

On salue aussi la bande originale du film, où l’auditeur est bercé entre les magnifiques beats de Skread et les titres des Casseurs encore plus musicaux qu’avant, et toujours aussi fous (En Boucle) ou mélancoliques (J’essaye j’essaye), barrés ou nostalgiques. Comme si les deux grands enfants n’avaient pas encore choisi leur terrain de jeu.

On ne peut que saluer le travail d’Orelsan, auteur-interprète-acteur-créateur. Bref, artiste du 21è siècle, qui a compris que qualité et quantité pouvaient rimer pour ne faire qu’un. Au final il a sans doute trouvé un remède à la flemme maladive qui le rongeait.

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