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CINÉMA – Les 8 (Petits) Salopards de Tarantino

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Le réalisateur américain Quentin Tarantino revisite pour la deuxième fois le genre du Western avec Les 8 Salopards (The Hateful Eight), entouré de ses acteurs de prédilection (Samuel L. Jackson, Kurt Russel, Michael Madsen…). 2h47 qui divisent : une semaine après la sortie du huitième film de Quentin Tarantino, il est clair qu’il n’a pas fait l’unanimité. Si la critique est partagée voire souvent incisive, Les Huit Salopards (The Hateful Eight), n’en reste pas moins le petit frère de Django et de Pulp Fiction – pour ne citer qu’eux. Il fallait donc se forger un avis par soi-même, forcément.

Quelques années après la guerre de Sécession, une diligence fend la neige du Wyoming en direction de Red Rock. O.B Jackson (James Spark), le cocher, y conduit John Ruth (Kurt Russell), le chasseur de primes, fermement menotté à Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh), sa précieuse prisonnière destinée à être pendue. Sur la route, ils rencontrent le major Marquis Warren (Samuel L. Jackson), ancien soldat de l’Union devenu lui-même chasseur de primes, puis Chris Mannix (Walton Goggins), le nouveau shérif de Red Rock. Coincés par le blizzard, ils décident de faire escale dans une mercerie. Ils y font la rencontre de Bob le Mexicain (Demián Bichir), qui s’occupe du lieu en l’absence de la propriétaire, d’Oswaldo Mobray (Tim Roth), le bourreau de Red Rock, du conducteur de troupeaux Joe Gage (Michael Madsen), et du général confédéré Sanford Smithers (Bruce Dern). Mais ces huit salopards, tous réunis sous le signe de la violence, ont la gâchette facile et des raisons de se tirer dans les pattes.

Pourquoi Les Huit Salopards n’est pas le chef d’œuvre de Tarantino.

Dans ce western spaghetti en huis clos, Tarantino respecte les codes du genre à la perfection : loin de glorifier les valeurs de l’Amérique post-guerre de Sécession, il laisse éclater – comme à son habitude – son penchant pour la violence gratuite, la misogynie et le racisme…

« Now, Daisy, I want us to work out a signal system of communication. When I elbow you real hard in the face, that means: shut up. » * ; voilà par exemple ce que lance John Ruth à Daisy Domergue après lui avoir cassé le nez d’un coup de coude.

Et ce n’est qu’un échantillon de la violence qui va crescendo tout au long de ces trois heures de film, pour exploser dans un bain de sang final particulièrement explicite. Jusqu’ici rien de surprenant, le réalisateur nous ayant habitué à des scènes sanguinolentes. Peut-être que le problème est justement là, d’ailleurs: « rien de surprenant ». Tarantino semble calquer le modèle de ses précédents films, mélangeant un peu de ce qui faisait Reservoir Dogs et de ce qu’on aimait dans Django Unchained. 

Plus étonnant, l’ambivalence des 8 Salopards, qui semble s’approcher doucement du film d’horreur, notamment grâce à la bande son. La musique, signée Ennio Morricone est un quasi-opéra, nettement moins rock’n’roll que ce qu’on est en droit d’attendre en allant voir un film de Tarantino… Petite surprise donc, presque dommage – mais vu que Morricone a reçu le Golden Globe 2016 de la meilleure musique de film, force est d’admettre que c’est une belle bande son.

Moins léché que cette dernière, le scénario, lui, semble se perdre. Alors que la première moitié du film introduit les personnages à travers un voyage en diligence, l’action se fait (vraiment trop) attendre. Certes, photographiquement, l’excursion dans les montagnes enneigées du Wyoming, filmées à travers le très grand angle que permet le format 70 mm (non-utilisé depuis 50 ans au cinéma), est un véritable plaisir pour les yeux. Mais la photographie signée Robert Richarson peine à compenser les dialogues à rallonge et le manque d’action.

je-suis-allee-voir-les-huit-salopards-en-70-mm-comme-le-voulait-tarantino,M291052Le deuxième acte du film subit un total retournement de situation, le huis clos de la mercerie laissant peu de place à de belles images. Aussi le spectateur assiste-t-il purement et simplement à une partie de Cluedo à peine bien menée, voire à une reprise des Dix Petits Nègres d’Agatha Christie (mais qui est le salopard qui veut la mort des autres salopards ?) puis à une résolution de « l’énigme » et enfin à… un bain de sang. Forcément. La prétendue intrigue étant plus un prétexte à la boucherie qu’un réel mystère.

Pourquoi Les 8 Salopards vaut quand même la peine d’être vu.

Une jolie bande son et (au moins la moitié) d’une belle photographie, c’est déjà bien. Lorsque ce ne sont pas le blizzard et le froid, c’est l’ambiance chaleureusement oppressante de la mercerie de Minnie qui nous entoure à chaque plan et on peut presque sentir l’odeur de poudre sous-jacente quand les huit salopards sont réunis sous le même toit.

Il faut souligner aussi la performance des acteurs qui, en dépit de la pauvre épaisseur psychologique des personnages (de méchants sadiques sans foi ni loi), sont admirables. Samuel L. Jackson est à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre de lui – ça se passe de commentaire donc. Kurt Russell quant à lui colle parfaitement au rôle du bourreau bourru tout comme Walton Goggings réussit avec brio à incarner un shérif si imbu de lui même qu’il en devient insupportable et singulièrement drôle… Mais surtout, on ne peut passer à côté de la performance d’une Jennifer Jason Leigh malmenée et affublée d’un cocard durant tout le film. Crachant, jurant et se prenant des coups, le rôle de Daisy Domergue n’était certainement pas le plus facile à endosser dans ce casting presque 100% masculin… Bravo l’artiste !

Tarantino, à défaut d’avoir perdu son originalité, n’a pas perdu le sens de la formule dans ce film. Si les dialogues sont parfois légèrement longs, ils n’en sont pas moins percutants (et souvent comiques).

On attend vos réactions et vos citations préférées du film. On a particulièrement apprécié celle-ci :

« Say adios to your huevos »** 

*Je te propose d’instaurer entre nous un code de communication non verbal.
Quand je te mettrai un grand coup de coude dans la gueule, ça signifiera: “ta gueule”
**Dis adieu à tes couilles

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